Publié le 23 septembre 2019 Lettre ouverte aux président.e.s des Conseils départementaux de la Région Nouvelle Aquitaine

Association D.I.G.D.

Défendre l'Intérêt Général en Dordogne

Siège social : Mairie, lieu dit Luziers

24220 Castels et Bézenac

 

Théophile Pardo, président

06 75 01 62 34

theo.pardo@digd.fr

 

Castels, le 22 septembre 2019

 

 

à Mesdames et Messieurs les Président.e.s des Conseils départementaux de la Région Nouvelle Aquitaine.

 

Objet : Lettre ouverte en réaction au soutien que vous avez apporté à Monsieur Germinal Peiro, Président du Conseil départemental de la Dordogne.

 

 

Mesdames,

Messieurs,

 

 

Vous venez d’effectuer récemment une visite en Dordogne à l’invitation de Monsieur Germinal Peiro. Au cours de cette visite vous vous êtes déplacés sur le chantier de la déviation routière de Beynac, où, si l’on en croit les termes rapportés par la presse, vous avez manifesté votre « profonde solidarité » et votre « désarroi compréhensible face à ce gâchis environnemental et financier dans l’état actuel des choses ».

 

La même presse rapporte également que Mr Dominique Bussereau, votre porte-parole, aurait rajouté : « Moi, qui étais ministre des Transports, ça me rappelle d’autres funestes décisions, l’arrêt pendant six ans de l’autoroute Tours-Le Mans par la justice administrative. Pendant cette période, il y a eu au moins 10 à 12 morts sur la nationale. »

 

Si bien que dans la foulée de cette visite, vous vous êtes empressés de cosigner une lettre adressée au Président de la République pour demander la reprise du chantier de Beynac.

 

Une partie des habitants de la Dordogne a été choquée d’une prise de position aussi tranchée dans un dossier qui, au niveau local, est loin de faire l’unanimité.

Car, dans ce projet, sachez qu’il n’y a eu aucune concertation permettant au public d’être objectivement informé et de participer activement au processus décisionnel en matière d’environnement.

 

Faut-il que le « corporatisme » entre présidents départementaux soit suffisamment fort pour que vous défendiez ce projet inutile, coûteux et dommageable, porté par l’un d’entre vous !

 

Dans l’ignorance du dossier à l’origine du chantier que vous aviez sous les yeux depuis les hauteurs de Beynac, vous n’avez pu évidemment entendre qu’un seul son de cloche : la voix de Monsieur Germinal Peiro, et en écho, être effondrés suite à la « funeste décision » du Tribunal.

 

Mais que vous a-t-il dit des alternatives à cette déviation ?

 

Avez-vous vu en particulier les travaux engagés par la municipalité de Beynac (à moindre coût) qui fluidifient efficacement le trafic routier et désavouent du même coup sa déviation ?

 

Vous a-t-il dit qu’il avait tout fait pour s’opposer à leur finalisation (le revêtement final, du ressort du département, n’est toujours pas réalisé deux ans plus tard !)

.

Vous a-t-il précisé qu’il n’y avait jamais eu la moindre victime sur la RD703 au niveau de ce village (où la vitesse est d’ailleurs limitée à 30 km/h), que les encombrements y sont limités à quelques pics touristiques estivaux (comme partout en Dordogne) et vous a-t-il révélé le gain de temps (très faible) qu’on pouvait attendre d’une déviation ?

 

Vous a-t-il dit que déviation ou pas, les falaises de Beynac doivent de toute façon être sécurisées au frais du département car il n’est pas question d’interdire la départementale 703 à la circulation ?

 

Vous a-t-il dit que les PL en transit (qui ne sont pas si nombreux que ça), pourraient être détournés sur d’autres itinéraires (dont l’autoroute) au moins en été ?

 

Vous a-t-il dit que cette déviation saccageait un site Natura 2000 et la zone centrale d’une Réserve de Biosphère qu’il avait faite classer en 2012, dont il assure par ailleurs la présidence à travers EPIDOR, organisme de gestion ?

 

Vous a-t-il dit qu’il avait sacrifié un site archéologique (dont un bassin gallo-romain intact) qui avait eu le malheur de se trouver sur le parcours ?

 

Vous a-t-il dit la liberté qu’il avait prise avec le Code de l’Environnement puis avec le Code de l’Urbanisme ?

 

Vous a-t-il dit que les études d’impact (réalisées par un bureau d’étude sous son contrôle étroit), ont été façonnées de manière à minimiser (voire à occulter) la plupart des impacts ?

 

Connaissant par cœur le discours de Monsieur Germinal Peiro, j’en doute !

 

Par contre, ce que vous n’ignorez pas c’est que les tribunaux ont ordonné l’arrêt du chantier. Au motif que l’intérêt public majeur n’était pas assez fort pour contrebalancer toutes les dérogations obtenues pour destruction d’espèces protégées ! Eh oui, que voulez-vous, les temps ont changé, le « tout voiture » n’est plus le fer de lance de notre société, surtout dans une vallée touristique comme celle de Beynac où les visiteurs viennent pour découvrir un patrimoine exceptionnel, où il a été démontré que les usagers locaux de la RD703 sont bien moins ralentis que Mr Peiro l’affirme et où les pollutions sonores risquent d’être bien plus nuisibles qu’actuellement (bruits répercutés sur les falaises).

 

Les Juges, eux, l’ont bien compris, de même qu’ils ont compris que les gros investissements routiers, climaticides et banalisant les paysages, sont contraires à l’intérêt général.

 

Quant à l'État, peut-être ne savez-vous pas qu’il n’a pas suivi Monsieur Peiro dans ses recours devant les tribunaux.

 

Vous avez dit « Gâchis » ?

 

1) Ce n'est pas la justice mais Monsieur Germinal Peiro qui a gaspillé l’argent du contribuable, car il a engagé la responsabilité du département en refusant d’appliquer l’article 424-8 du Code de l’Urbanisme : il a commencé les travaux dès l’obtention de l’Autorisation Unique, et au mépris de :

 

• la demande constante de concertation des opposants, à laquelle sa réponse a été : "Je vous combattrai !",

 

• l'article 37 de l'arrêté préfectoral du 29/01/2019 qui le mettait en garde sur les voies et délais de recours que ne manqueraient pas de former les opposants,

 

• l'opposition permanente prête à la participation, en particulier lors de l'enquête publique de 2017 qui donna 80 % d'opposition au projet,

 

• des conclusions de la mission du CGEDD qui recommandaient un moratoire afin de temporiser l'exécution des travaux,

 

• la décision du Conseil d'État qui a été donnée le 28/12/2018 (alors que la veille, on saccageait la plaine de Beynac en gâchant 800 m3 de béton dans une période de "trêve des confiseurs" où les fournisseurs ont dû rappeler exceptionnellement leurs personnels),

 

2) Et le gâchis serait encore plus grand, à la fois financier et écologique, si l’on avait poursuivi les travaux. Car, contrairement à ce que Monsieur G. Peiro déclare partout (une moitié des travaux déjà achevée), la réalité est autre : à peine 1/3 de l’infrastructure a été réalisée. Si l’on en croit le chiffre de 20 millions d’euros déjà dépensés, on peut supposer que cette déviation aurait au final couté bien plus que les 32 millions HT du budget initial !

 

Cela aurait donc coûté bien plus cher de terminer la déviation que de l’arrêter. Et surtout, on aurait causé des dégâts environnementaux bien plus graves car permanents, lorsqu’une circulation routière aurait été établie dans la vallée : coupure d’un "corridor écologique", disparition d’habitats, collisions et écrasement d’espèces protégées...

 

Vous ne vous êtes peut-être pas rendu compte de la curieuse conception qu’a Monsieur Peiro de l’écologie. Car selon lui, grâce aux compensations écologiques du projet, ce dernier était l’occasion de « verdir » la vallée, d’améliorer son environnement ! Il n’a certainement pas oublié de vous parler des « milliers d’arbres » qu’il aurait fait planter le long de sa route et de la voie douce qu’il espérait y accoler ! Ne lui en déplaise, les habitats forestiers de la ripisylve de la Dordogne classés en Natura 2000* sont d’une tout autre valeur biologique que des plantations d’arbres issus de jardinerie !

 

Monsieur G. Peiro se sert de vous pour se dédouaner de l’énorme erreur écologique que représente ce projet (sans même parler de sa non justification économique), il se sert de vous comme « porte de sortie » possible, car il sait qu’il n’a aucune chance de voir les tribunaux se déjuger en sa faveur, encore moins de voir le Président de la République « casser » une décision de justice (comme au temps des rois !).

 

Il n’y a aucune chance que ce type de travaux aboutisse, l’époque des grands chantiers est derrière nous. Cautionner un tel projet est un non sens culturel, environnemental et socio-économique. La question porte à présent sur la remise en état du site. Des opposants à la déviation y travaillent, sur la base de mobilité écologique et d’éco développement à moindre coûts.

 

pour le C.A. de D.I.G.D et sous couvert du président de l'association,

Bernard Bousquet, ingénieur forestier et écologue

 

 

*Rappel utile de quelques définitions :

 

Site Natura 2000 : « zone spéciale de conservation désignée par l’UE au titre de la "directive Habitats" pour protéger des habitats naturels d’intérêt communautaire ».

 

Zone centrale de Réserve de Biosphère : « a pour fonction la protection de la nature ; strictement protégée ».

 

ZPPAUP (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager) : « éviter d’intercaler des équipements techniques ou touristiques banalisants. »

 

Le site de Beynac est tout cela plus un site classé au titre du patrimoine, un site classé par un arrêté de biotope et une ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt Faunistique et Floristique).

 

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